Vendredi 19 janvier, quelques temps que tu entretiens des doutes.
Tes seins sont lourds, bien plus sensibles qu'à l'habitude, tu ressens par moments des douleurs au ventre et, bien évidemment, ton cycle est déjà en retard de plusieurs jours. Mais quoi ? Chacun de ces symptômes pris séparément n'a rien d'exceptionnel. Après un mois sans pilule - et une année de grande tergiversation contraceptive, quoi de plus normal que tes règlent tardent et que, plus elles tardent, plus elles te causent de vives douleurs au ventre ? Telles sont les phrases que tu te ressasses depuis quelques jours afin de te rassurer.
Mais, aujourd'hui - et je ne l'avais pas réalisé lorsque tu m'as demandé par téléphone si je pouvais t'acheter un test de grossesse et que je t'ai répondu non, le doute est trop fort et l'inquiétude monte. Suffisamment pour que tu ailles l'acheter toi-même à la première pharmacie venue sans rien m'en dire.
Ignorant. Tel était donc mon état lorsque j'ai entendu ta voix m'appeler depuis le salon. Je t'avoue que j'ai même pesté contre toi en mon for intérieur (Po ! Madanm la pé pa débondaté si i bouzwen pale ban mwen ?) tout en trainant des pieds pour m'arracher à l'émission stupide qui accaparait mon attention et te rejoindre près de notre vaisselier rouge.
Le fait que tu me tournais le dos m'a tout d'abord inquiété. Quand tu m'attends le dos tourné, je crains toujours que tu m'annonces le pire ! Une maladie, un adultère, que le désamour te fasse me quitter... ce type de peurs primaires incontrôlables et irrationnelles qui, finalement, sont autant de preuves que l'amour, l'attachement et le désir sont toujours là, forts et diablement vivants. Et puis le demi sourire que tu as esquissé en te retournant m'a rassuré. J'ai d'abord cru à un poème ou une sorte de lettre d'amour pour me prouver que, toi aussi, tu pouvais m'écrire tes sentiments pour moi. Et puis j'ai lu ce qui ne formait que deux simples lignes précédées de la date du jour (le 19 janvier pour ceux qui se seraient égarés en route ! Si vous vous reconnaissez : abandonnez la lecture de ce blog dès maintenant. Vous ne tiendrez jamais la distance d'une grossesse !) :
Tes seins sont lourds, bien plus sensibles qu'à l'habitude, tu ressens par moments des douleurs au ventre et, bien évidemment, ton cycle est déjà en retard de plusieurs jours. Mais quoi ? Chacun de ces symptômes pris séparément n'a rien d'exceptionnel. Après un mois sans pilule - et une année de grande tergiversation contraceptive, quoi de plus normal que tes règlent tardent et que, plus elles tardent, plus elles te causent de vives douleurs au ventre ? Telles sont les phrases que tu te ressasses depuis quelques jours afin de te rassurer.
Mais, aujourd'hui - et je ne l'avais pas réalisé lorsque tu m'as demandé par téléphone si je pouvais t'acheter un test de grossesse et que je t'ai répondu non, le doute est trop fort et l'inquiétude monte. Suffisamment pour que tu ailles l'acheter toi-même à la première pharmacie venue sans rien m'en dire.
Ignorant. Tel était donc mon état lorsque j'ai entendu ta voix m'appeler depuis le salon. Je t'avoue que j'ai même pesté contre toi en mon for intérieur (Po ! Madanm la pé pa débondaté si i bouzwen pale ban mwen ?) tout en trainant des pieds pour m'arracher à l'émission stupide qui accaparait mon attention et te rejoindre près de notre vaisselier rouge.
Le fait que tu me tournais le dos m'a tout d'abord inquiété. Quand tu m'attends le dos tourné, je crains toujours que tu m'annonces le pire ! Une maladie, un adultère, que le désamour te fasse me quitter... ce type de peurs primaires incontrôlables et irrationnelles qui, finalement, sont autant de preuves que l'amour, l'attachement et le désir sont toujours là, forts et diablement vivants. Et puis le demi sourire que tu as esquissé en te retournant m'a rassuré. J'ai d'abord cru à un poème ou une sorte de lettre d'amour pour me prouver que, toi aussi, tu pouvais m'écrire tes sentiments pour moi. Et puis j'ai lu ce qui ne formait que deux simples lignes précédées de la date du jour (le 19 janvier pour ceux qui se seraient égarés en route ! Si vous vous reconnaissez : abandonnez la lecture de ce blog dès maintenant. Vous ne tiendrez jamais la distance d'une grossesse !) :
"Je ne sais pas comment te l'annoncer. Je ne pensais pas que cela arriverait si vite !"
J'ai relu tes mots plusieurs fois. J'ai relevé la tête, je t'ai à nouveau relue et j'ai esquissé un sourire à mon tour, partagé entre l'incompréhension et la satisfaction. Et puis tu m'as tendu ton test de grossesse qui indiquait deux barres verticales parallèles qui n'avaient absolument aucune signification pour moi ("Oui ! Et alors ?") mais j'ai quand même compris (d'accord, je suis long à la détente mais avouez que les deux phrases manuscrites demeuraient énigmatiques sans la connaissance du test). Je t'ai demandé si tu étais sûre et nous avons relu la notice explicative du test de grossesse. Pour résumer (et pour ceux qui n'ont pas une pratique professionnelle des tests de grossesse) : si le test annonce "positif", il est toujours fiable à 100% et vous êtes enceinte ; si le test annonce un résultat "négatif", il existe une marge d'erreur et vous pouvez tout de même être enceinte ! Rassurant pour celles et ceux qui espèrent une grossesse comme le chômeur du travail, angoissant pour celles et ceux qui la redoutent comme le canard fuit l'orange .
Nous étions donc sûrs : nous sommes enceintes. Enceintes modestement de quatre semaines mais enceintes !
Les cinq premières minutes de cette prise de conscience en commun ont été très étranges. Je crois que tu t'es retenue de me dire que tu pensais avorter et moi, de mon côté, j'ai réfréné ma joie pour qu'elle ne te culpabilise pas trop si jamais tu décidais de ne pas garder l'enfant. Cette retenue de chacun d'entre nous ne s'est pas exprimée verbalement mais elle était là, presque palpable. Et nous avons parlé, assis côte-à-côte sur le canapé du salon, de cette nouvelle situation, de notre étonnement réciproque à obtenir si rapidement, sans presque l'avoir fait exprès ce que d'autres n'obtenaient qu'avec difficulté et parfois assistance médicale (Bon ! je dois tout de même avouer que, te sachant sans pilule, j'ai toujours consciencieusement veillé, ces dernières semaines, à jouir au plus profond de ton corps dans les positions les plus propices et au moment où le plaisir t'avait suffisamment rendue offerte à l'ensemencement... vieilles techniques et tactiques presque instinctives !). Et le simple fait d'en parler a fait que ta grossesse est apparue comme une évidence, comme un état normal dans le long processus qui allait nous donner un enfant. "Un garçon" as-tu pressenti, "une fille" t'ai-je annoncé. Au commencement était le verbe... je crois que, oui, c'est de notre verbe qu'est réellement né cet enfant. C'est au moment où nous avons, ensemble, parlé de lui qu'il a paru au milieu de nous deux. Si l'amour lui a donné la vie, c'est notre tendre discussion de ce 19 janvier 2007 qui lui a conféré son existence.
Masimiyen Atshé
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