mardi 13 février 2007

Premier tour à la maternité

Mercredi 7 février, nous partons pour l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret.
Comme d'habitude nous n'avons pas de plan, hormis celui que j'ai en tête après un rapide coup d'oeil sur les pages jaunes. Nous jouons donc le grand rallye des Hauts-de-Seine : à toi le volant, à moi le rôle du copilote. Nous nous disputons lorsqu'il s'agit de savoir si nous sommes à Neuilly ou à Levallois : le sage nous aurait répondu que cela dépend du côté de la rue que nous regardons. Ignorant de cette observation sensée, valable pour toutes communes limitrophes l'une de l'autre, nous nous engueulons poliment ; toi du côté Neuilly, moi déjà à Levallois. Quelle idée de vouloir accoucher hors de notre ghetto du Nord 92 !
Les dieux sont à nos côtés car après avoir tourné - un coup à droite, un coup à gauche afin de ressouder notre couple - nous nous retrouvons dans une rue qui nous ramène sur l'itinéraire dont nous étions supposés ne pas nous écarter. Première à gauche et nous sommes en vue, et de l'hôpital, et du parking. Je m'éjecte de la voiture à la recherche de la sortie la plus proche. Tu peines à me suivre, dubitative sur l'urgence de déclencher un sprint de 200 mètres à 10h28 lorsque nous avons rendez-vous à 10h30. Pour ma part, j'ai en tête la fois où tu as été refusée d'enregistrement à un comptoir Air France auquel tu t'étais présentée à 13h59 mais en ne tendant ton passeport qu'à 14h00 et 35 secondes. Ce sont ces 35 secondes qui font de moi un hors-bord à travers les rues de Levallois, bien que tu m'es aimablement rappelé, une dizaine de mètres derrière moi, qu'à priori je ne pourrai pas m'inscrire seul à ton accouchement. L'argument n'a pas ébranlé ma détermination à franchir la porte coulissante automatique de l'hôpital franco-britannique à 10h30 précises : un petit pas pour moi mais un grand pas dans la disparition de mon stress.
Dès l'entrée, nous sommes presque surpris par l'accueil de l'ensemble du personnel hospitalier qui ne daigne même pas nous faire attendre avant de nous orienter vers le bon couloir puis la bonne salle d'attente. Tu t'y sens un peu ridicule, cernés que nous sommes par des femmes-montgolfières avec 5 à 7 mois de grossesse. Nous réalisons qu'en fait, si nous partageons la même salle d'attente, nous n'y sommes pas présents pour les mêmes motifs. La preuve, à peine arrivés, nous sommes les premiers appelés pour le bureau des inscriptions.
La première impression était décidément la bonne ! Là où nous nous attendions à une entrevue expresse et purement administrative, nous avons droit à un long entretien avec une dame - qui semble pourtant n'être ni une sage-femme, ni une infirmière ou aide-soignante - qui tient non seulement à nous présenter l'hôpital et sa philosophie générale, le service de maternité, les différents cours de préparation à l'accouchement mais entend également répondre - longuement et patiemment - à la batterie de questions qui te viennent subitement à l'esprit. Il est presque invraisemblable qu'au sein d'une structure organisant 1 900 accouchements par an l'on parvienne à nous faire nous sentir autant pris en compte dès l'inscription. C'est que la dame insiste pour nous persuader de venir nous présenter en urgence à la moindre alerte ou même au moindre doute : elle nous explique que même s'il n'y avait rien, cela nous donnerait l'occasion de faire connaissance avec l'équipe médicale... avec un peu d'avance ! Comme le Dr H....., elle insiste en fait surtout sur notre confort et notre bien-être qui seront les meilleurs garants d'un bon accouchement, d'une bonne naissance et d'un nouveau-né en bonne santé. Le règlement de l'hôpital passe après nous : nos enfants aînés seront donc les bienvenus pour entourer leur petit-frère ou petite-soeur dès sa naissance et, malgré les horaires des visites, je pourrai - si je le souhaite - rester en permanence dans la chambre, que l'on nous assure d'ores et déjà individuelle, auprès de toi et d'Ipòkòni.
Finalement, presque gênés que la personne gérant les inscriptions nous consacre autant de temps, c'est nous qui abrégeons l'entretien dont nous repartons les bras chargés de documentation et de publicités - première trousse d'une longue série, emplis d'une grande satisfaction : à la fois parce que notre choix nous paraît le bon et parce que nous venons de mettre en application la première décision engageant directement la vie de cette fameuse petite personne dont nous sommes si impatiemment dans l'attente ! Nous n'aurions jamais cru que la simple présentation d'une carte vitale pouvait à ce point illuminer une de nos journées.
Les jours se suivent, se ressemblent niveau excitation et ardente impatience et diffèrent en ce que chacun d'entre eux est comme une nouvelle ascension vers un petit sommet de bonheur avant le prochain. Toujours plus haut !

Masimiyen Atshé

lundi 12 février 2007

Bon sang ne saurait mentir

Mardi 30 janvier, je passe retirer les analyses de ta prise de sang puisque un contretemps a fait que le laboratoire n'a pas pu te les délivrer la veille comme prévu initialement.
Il est toujours angoissant d'ouvrir une enveloppe d'examens médicaux et d'en lire le contenu. Pour les enfants de la génération sida, il y a toujours cette peur sourde d'un test HIV positif, ce quelle que soit son improbabilité. Mais aujourd'hui, c'est surtout la crainte irraisonnée, qui nous habite depuis la visite chez le gynécologue dont nous sommes ressortis sans la déclaration de grossesse que nous attendions, que l'examen sanguin déclare que tu n'es pas enceinte. L'enveloppe me brûle les doigts. Je sais déjà que je ne pourrai jamais attendre jusqu'à ce soir pour que nous l'ouvrions ensemble. Heureusement tu ne m'as pas imposé une telle épreuve, gagnée, toi aussi, par la fièvre d'obtenir une confirmation. C'est donc à un arrêt d'autobus - je n'ai pas la volonté suffisante pour respecter le délai que je m'étais fixé de patienter jusqu'au moment où je serais confortablement assis sur ma banquette 4 places au fond du bus 137 - que je décolle avec application le bord autocollant de l'enveloppe. Comme si je voulais me laisser la possibilité de la refermer et de te mentir sur ma connaissance de son contenu !
Question rhésus, il est positif. Je n'aurai donc pas à me soumettre, à mon tour, à un examen sanguin. Question HIV, c'est négatif comme attendu. Concernant l'hématologie, je n'y entrave que dalle ! Pour la sérologie hépatique, je comprends vaguement que c'est globalement positif puisque tout est négatif ; pour la rubéole, tu sembles immunisée. Reste la toxoplasmose. Mauvaise nouvelle pour toi : il est déclaré une absence d'immunité. Tu auras donc droit à une prise de sang par mois. Je passe l'examen bactériologique - forcément passionnant - de tes urines pour enfin arriver à la lecture de la seule page qui nous intéresse véritablement, celle des résultats de l'hormone de grossesse.
Je m'attendais à un résultat "positif" ou "négatif". Il n'en est rien. Il me faut un peu de temps pour comprendre ce qui est écrit. Personnellement, un taux BHCG de 25238 unités ça ne me parle pas vraiment ! Dieu merci, l'interprétation en est donnée juste en dessous. Je lis l'interprétation, je relis ton taux d'hormone de grossesse, je relis l'interprétation et... je ressens une grande joie mâtinée d'un certain soulagement. Tu es bien dans ton deuxième mois de grossesse ! C'est sûr, c'est confirmé, c'est écrit !
Je crois que ce n'est qu'une fois que la sonnerie de mon téléphone portable a retenti que mon esprit a regagné mon enveloppe corporelle. Il était loin, loin, très loin de ma banlieue grise.
Ta voix trahissait une certaine inquiétude mêlée à de l'excitation, exactement ce que j'avais ressenti un quart d'heure plus tôt en décachetant cette satanée enveloppe. Je t'ai communiqué les résultats dans l'ordre où j'en avais pris connaissance et puis je t'ai un peu fait bisquer pour l'hormone de grossesse avant de fièrement t'annoncer que tu étais bel et bien enceinte avec un taux de 25238 unités que je t'ai expliqué être ÉNORME, tellement énorme que je pouvais solennellement te déclarer être enceinte d'un bon deuxième mois. J'étais fier de nous - c'est ce que tu m'as tout de suite déclaré - et j'étais fier de faire le faraud à jouer le spécialiste en analyse sanguine. Je ne sais pas ce que tu as réellement éprouvé de l'autre côté du téléphone, je ne sais pas quel est le sentiment exact qui t'a fait pleurer au volant de ta voiture en stationnement. Mais je sais que, comme moi, après, ton esprit s'est envolé très haut au-dessus de toutes les contingences de l'existence et de toute la crasse ambiante pour rester accrocher dans le ciel, tel un petit soleil.
Nous n'aurons donc pas à annuler notre rendez-vous pour nous inscrire à la maternité. Au contraire, je passe ma matinée du mercredi - en cachette des enfants - à programmer notre première échographie et notre deuxième rendez-vous chez le Dr. H...... Tout s'accélère alors que nous pensions déjà être à la vitesse maximale ! Notre impatience excitée semble être en perpétuelle insatisfaction : nous sommes maintenant tendus vers l'échographie. Nous voulons voir ce fruit de vie, nous voulons l'entendre en attendant de pouvoir le sentir vivant et remuant en ton sein.

Masimiyen Atshé

samedi 3 février 2007

Prise de sang, prise de sens ?

Jeudi 25 janvier, je t'accompagne au laboratoire d'analyses pour cette prise de sang que tu redoutes et dont pourtant nous attendons tant.
Si j'ai bien compris, ta phobie des piqûres te vient d'une expérience traumatisante durant ton enfance. L'infirmière n'a pas ôté le garrot après avoir retiré l'aiguille et, sous la pression, ton sang a giclé longuement, en silence et sans pleurs. Je ne sais donc pas si ton insistance à prendre rendez-vous à une heure où je puisse t'accompagner provient de ton désir que nous soyons ensemble pour toutes les étapes de la grossesse ou de ta peur d'être seule face à ta peur.
Nous n'attendons pas longtemps et l'infirmière est parfaite. Elle attend patiemment - un bon moment même - que tu lui annonces que tu es prête. D'une main sûre, elle pique ta veine et entame le prélèvement. Ce que nous ne savions pas, ni toi, ni moi, c'est qu'elle avait besoin d'autant de sang et donc de remplir autant de tubes ! J'en ai bien compté 7 ou 8 lorsque j'ai compris que l'ensemble du rayon était pour toi. Mais bon, une fois l'aiguille enfoncée, elle n'a plus qu'à remplacer les tubes ; ce qu'elle fait avec une dextérité et une rapidité étonnantes.
Voilà ! Ton calvaire est fini et il ne reste plus que l'échantillon d'urine. Pour ce prélèvement tu seras seule : tant pis pour notre communauté d'expérimentation !
La secrétaire médicale nous donne rendez-vous au lundi 29 janvier au soir pour venir retirer les résultats (sachant que tu devras revenir demain - vendredi 26 janvier - pour le deuxième prélèvement de sang - un seul tube ce coup-ci ! - servant à la détermination de ton rhésus). Il nous reste donc 4 jours à patienter, taraudés par la crainte que notre nuage s'évapore et que l'analyse sanguine te déclare non-enceinte. Le test de grossesse et le gynécologue ne nous ont pas suffit. Il nous faut plus.
A défaut de l'enfant, nous voulons une déclaration écrite noir sur blanc. Un morceau de papier auquel nous agripper en attendant l'échographie, en attendant que ton ventre s'arrondisse comme une lune, en attendant que ton ventre s'agite tel un océan primordial.

Masimiyen Atshé