mardi 13 février 2007

Premier tour à la maternité

Mercredi 7 février, nous partons pour l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret.
Comme d'habitude nous n'avons pas de plan, hormis celui que j'ai en tête après un rapide coup d'oeil sur les pages jaunes. Nous jouons donc le grand rallye des Hauts-de-Seine : à toi le volant, à moi le rôle du copilote. Nous nous disputons lorsqu'il s'agit de savoir si nous sommes à Neuilly ou à Levallois : le sage nous aurait répondu que cela dépend du côté de la rue que nous regardons. Ignorant de cette observation sensée, valable pour toutes communes limitrophes l'une de l'autre, nous nous engueulons poliment ; toi du côté Neuilly, moi déjà à Levallois. Quelle idée de vouloir accoucher hors de notre ghetto du Nord 92 !
Les dieux sont à nos côtés car après avoir tourné - un coup à droite, un coup à gauche afin de ressouder notre couple - nous nous retrouvons dans une rue qui nous ramène sur l'itinéraire dont nous étions supposés ne pas nous écarter. Première à gauche et nous sommes en vue, et de l'hôpital, et du parking. Je m'éjecte de la voiture à la recherche de la sortie la plus proche. Tu peines à me suivre, dubitative sur l'urgence de déclencher un sprint de 200 mètres à 10h28 lorsque nous avons rendez-vous à 10h30. Pour ma part, j'ai en tête la fois où tu as été refusée d'enregistrement à un comptoir Air France auquel tu t'étais présentée à 13h59 mais en ne tendant ton passeport qu'à 14h00 et 35 secondes. Ce sont ces 35 secondes qui font de moi un hors-bord à travers les rues de Levallois, bien que tu m'es aimablement rappelé, une dizaine de mètres derrière moi, qu'à priori je ne pourrai pas m'inscrire seul à ton accouchement. L'argument n'a pas ébranlé ma détermination à franchir la porte coulissante automatique de l'hôpital franco-britannique à 10h30 précises : un petit pas pour moi mais un grand pas dans la disparition de mon stress.
Dès l'entrée, nous sommes presque surpris par l'accueil de l'ensemble du personnel hospitalier qui ne daigne même pas nous faire attendre avant de nous orienter vers le bon couloir puis la bonne salle d'attente. Tu t'y sens un peu ridicule, cernés que nous sommes par des femmes-montgolfières avec 5 à 7 mois de grossesse. Nous réalisons qu'en fait, si nous partageons la même salle d'attente, nous n'y sommes pas présents pour les mêmes motifs. La preuve, à peine arrivés, nous sommes les premiers appelés pour le bureau des inscriptions.
La première impression était décidément la bonne ! Là où nous nous attendions à une entrevue expresse et purement administrative, nous avons droit à un long entretien avec une dame - qui semble pourtant n'être ni une sage-femme, ni une infirmière ou aide-soignante - qui tient non seulement à nous présenter l'hôpital et sa philosophie générale, le service de maternité, les différents cours de préparation à l'accouchement mais entend également répondre - longuement et patiemment - à la batterie de questions qui te viennent subitement à l'esprit. Il est presque invraisemblable qu'au sein d'une structure organisant 1 900 accouchements par an l'on parvienne à nous faire nous sentir autant pris en compte dès l'inscription. C'est que la dame insiste pour nous persuader de venir nous présenter en urgence à la moindre alerte ou même au moindre doute : elle nous explique que même s'il n'y avait rien, cela nous donnerait l'occasion de faire connaissance avec l'équipe médicale... avec un peu d'avance ! Comme le Dr H....., elle insiste en fait surtout sur notre confort et notre bien-être qui seront les meilleurs garants d'un bon accouchement, d'une bonne naissance et d'un nouveau-né en bonne santé. Le règlement de l'hôpital passe après nous : nos enfants aînés seront donc les bienvenus pour entourer leur petit-frère ou petite-soeur dès sa naissance et, malgré les horaires des visites, je pourrai - si je le souhaite - rester en permanence dans la chambre, que l'on nous assure d'ores et déjà individuelle, auprès de toi et d'Ipòkòni.
Finalement, presque gênés que la personne gérant les inscriptions nous consacre autant de temps, c'est nous qui abrégeons l'entretien dont nous repartons les bras chargés de documentation et de publicités - première trousse d'une longue série, emplis d'une grande satisfaction : à la fois parce que notre choix nous paraît le bon et parce que nous venons de mettre en application la première décision engageant directement la vie de cette fameuse petite personne dont nous sommes si impatiemment dans l'attente ! Nous n'aurions jamais cru que la simple présentation d'une carte vitale pouvait à ce point illuminer une de nos journées.
Les jours se suivent, se ressemblent niveau excitation et ardente impatience et diffèrent en ce que chacun d'entre eux est comme une nouvelle ascension vers un petit sommet de bonheur avant le prochain. Toujours plus haut !

Masimiyen Atshé

lundi 12 février 2007

Bon sang ne saurait mentir

Mardi 30 janvier, je passe retirer les analyses de ta prise de sang puisque un contretemps a fait que le laboratoire n'a pas pu te les délivrer la veille comme prévu initialement.
Il est toujours angoissant d'ouvrir une enveloppe d'examens médicaux et d'en lire le contenu. Pour les enfants de la génération sida, il y a toujours cette peur sourde d'un test HIV positif, ce quelle que soit son improbabilité. Mais aujourd'hui, c'est surtout la crainte irraisonnée, qui nous habite depuis la visite chez le gynécologue dont nous sommes ressortis sans la déclaration de grossesse que nous attendions, que l'examen sanguin déclare que tu n'es pas enceinte. L'enveloppe me brûle les doigts. Je sais déjà que je ne pourrai jamais attendre jusqu'à ce soir pour que nous l'ouvrions ensemble. Heureusement tu ne m'as pas imposé une telle épreuve, gagnée, toi aussi, par la fièvre d'obtenir une confirmation. C'est donc à un arrêt d'autobus - je n'ai pas la volonté suffisante pour respecter le délai que je m'étais fixé de patienter jusqu'au moment où je serais confortablement assis sur ma banquette 4 places au fond du bus 137 - que je décolle avec application le bord autocollant de l'enveloppe. Comme si je voulais me laisser la possibilité de la refermer et de te mentir sur ma connaissance de son contenu !
Question rhésus, il est positif. Je n'aurai donc pas à me soumettre, à mon tour, à un examen sanguin. Question HIV, c'est négatif comme attendu. Concernant l'hématologie, je n'y entrave que dalle ! Pour la sérologie hépatique, je comprends vaguement que c'est globalement positif puisque tout est négatif ; pour la rubéole, tu sembles immunisée. Reste la toxoplasmose. Mauvaise nouvelle pour toi : il est déclaré une absence d'immunité. Tu auras donc droit à une prise de sang par mois. Je passe l'examen bactériologique - forcément passionnant - de tes urines pour enfin arriver à la lecture de la seule page qui nous intéresse véritablement, celle des résultats de l'hormone de grossesse.
Je m'attendais à un résultat "positif" ou "négatif". Il n'en est rien. Il me faut un peu de temps pour comprendre ce qui est écrit. Personnellement, un taux BHCG de 25238 unités ça ne me parle pas vraiment ! Dieu merci, l'interprétation en est donnée juste en dessous. Je lis l'interprétation, je relis ton taux d'hormone de grossesse, je relis l'interprétation et... je ressens une grande joie mâtinée d'un certain soulagement. Tu es bien dans ton deuxième mois de grossesse ! C'est sûr, c'est confirmé, c'est écrit !
Je crois que ce n'est qu'une fois que la sonnerie de mon téléphone portable a retenti que mon esprit a regagné mon enveloppe corporelle. Il était loin, loin, très loin de ma banlieue grise.
Ta voix trahissait une certaine inquiétude mêlée à de l'excitation, exactement ce que j'avais ressenti un quart d'heure plus tôt en décachetant cette satanée enveloppe. Je t'ai communiqué les résultats dans l'ordre où j'en avais pris connaissance et puis je t'ai un peu fait bisquer pour l'hormone de grossesse avant de fièrement t'annoncer que tu étais bel et bien enceinte avec un taux de 25238 unités que je t'ai expliqué être ÉNORME, tellement énorme que je pouvais solennellement te déclarer être enceinte d'un bon deuxième mois. J'étais fier de nous - c'est ce que tu m'as tout de suite déclaré - et j'étais fier de faire le faraud à jouer le spécialiste en analyse sanguine. Je ne sais pas ce que tu as réellement éprouvé de l'autre côté du téléphone, je ne sais pas quel est le sentiment exact qui t'a fait pleurer au volant de ta voiture en stationnement. Mais je sais que, comme moi, après, ton esprit s'est envolé très haut au-dessus de toutes les contingences de l'existence et de toute la crasse ambiante pour rester accrocher dans le ciel, tel un petit soleil.
Nous n'aurons donc pas à annuler notre rendez-vous pour nous inscrire à la maternité. Au contraire, je passe ma matinée du mercredi - en cachette des enfants - à programmer notre première échographie et notre deuxième rendez-vous chez le Dr. H...... Tout s'accélère alors que nous pensions déjà être à la vitesse maximale ! Notre impatience excitée semble être en perpétuelle insatisfaction : nous sommes maintenant tendus vers l'échographie. Nous voulons voir ce fruit de vie, nous voulons l'entendre en attendant de pouvoir le sentir vivant et remuant en ton sein.

Masimiyen Atshé

samedi 3 février 2007

Prise de sang, prise de sens ?

Jeudi 25 janvier, je t'accompagne au laboratoire d'analyses pour cette prise de sang que tu redoutes et dont pourtant nous attendons tant.
Si j'ai bien compris, ta phobie des piqûres te vient d'une expérience traumatisante durant ton enfance. L'infirmière n'a pas ôté le garrot après avoir retiré l'aiguille et, sous la pression, ton sang a giclé longuement, en silence et sans pleurs. Je ne sais donc pas si ton insistance à prendre rendez-vous à une heure où je puisse t'accompagner provient de ton désir que nous soyons ensemble pour toutes les étapes de la grossesse ou de ta peur d'être seule face à ta peur.
Nous n'attendons pas longtemps et l'infirmière est parfaite. Elle attend patiemment - un bon moment même - que tu lui annonces que tu es prête. D'une main sûre, elle pique ta veine et entame le prélèvement. Ce que nous ne savions pas, ni toi, ni moi, c'est qu'elle avait besoin d'autant de sang et donc de remplir autant de tubes ! J'en ai bien compté 7 ou 8 lorsque j'ai compris que l'ensemble du rayon était pour toi. Mais bon, une fois l'aiguille enfoncée, elle n'a plus qu'à remplacer les tubes ; ce qu'elle fait avec une dextérité et une rapidité étonnantes.
Voilà ! Ton calvaire est fini et il ne reste plus que l'échantillon d'urine. Pour ce prélèvement tu seras seule : tant pis pour notre communauté d'expérimentation !
La secrétaire médicale nous donne rendez-vous au lundi 29 janvier au soir pour venir retirer les résultats (sachant que tu devras revenir demain - vendredi 26 janvier - pour le deuxième prélèvement de sang - un seul tube ce coup-ci ! - servant à la détermination de ton rhésus). Il nous reste donc 4 jours à patienter, taraudés par la crainte que notre nuage s'évapore et que l'analyse sanguine te déclare non-enceinte. Le test de grossesse et le gynécologue ne nous ont pas suffit. Il nous faut plus.
A défaut de l'enfant, nous voulons une déclaration écrite noir sur blanc. Un morceau de papier auquel nous agripper en attendant l'échographie, en attendant que ton ventre s'arrondisse comme une lune, en attendant que ton ventre s'agite tel un océan primordial.

Masimiyen Atshé

dimanche 28 janvier 2007

Premier rendez-vous gynécologique

Mardi 23 janvier, nous avons rendez-vous chez le docteur H....., ton gynécologue depuis quelques années.
Comme tu te sens à l'aise avec lui, nous venons avec l'idée que nous le garderons pour suivre notre grossesse, au moins les six premiers mois puisqu'il a choisi de ne plus être obstétricien. Ce que j'ai adoré c'est que tu m'as expliqué, avant même que je le rencontre et que je me fasse la moindre idée sur lui, qu'il fallait qu'il me plaise aussi. Que, si tel n'était pas le cas, nous en chercherions un autre. Certes, rien de surprenant au vu du fonctionnement habituel de notre couple, mais j'avoue, qu'étant donné que ce n'est pas moi qui ait à connaître l'examen de mon utérus, j'étais prêt à t'accorder une préséance dans ce domaine de décisions. Ta persistance à maintenir une relation égalitaire accentue ce sentiment que j'ai de vivre notre grossesse et non pas de simplement t'accompagner dans la tienne.
Mais, tout ceci n'est que question de principe, tu m'as déjà fait connaître le docteur H..... par les divers compte-rendus que tu m'as fait de tes visites depuis six ans. Je sais que j'apprécierai sa grande pudeur face à la nudité des femmes et dans l'auscultation de la partie la plus intime de leur corps. Une fois de plus, je sais que je ne peux être que d'accord avec toi ; qu'une fois de plus nos vues et notre jugement sont pleinement accordés.
Sentiment confirmé dès que le docteur H..... nous fait entrer dans son cabinet de consultation. Il dégage une certaine sérénité, s'entretient avec toi - patiente qu'il connaît déjà - tout en m'incluant de manière induite. Il te fait passer dans la pièce d'à côté où tu retires ton pantalon et ton tanga alors que lui continue à te parler et à te demander si tu souhaites qu'il suive ta grossesse. J'apprécie le fait qu'il entrebaîlle la porte, signifiant - pour moi - qu'il effectue un examen dans le secret qui lie le médecin à sa patiente tout en m'intégrant à son questionnement et aux premières constatations de ton nouvel état. Je suis ce premier examen gynécologique sans avoir à visualiser ce qui pourrait perturber la représentation mentale d'exclusivité que j'ai sur ton corps.
Il me rejoint et te laisse te rhabiller tout en poursuivant l'entretien (j'ai remarqué qu'il est parfois plus difficile pour la pudeur de se rhabiller devant quelqu'un que de se déshabiller. Surement dû au fait qu'en se rhabillant et nous empêtrant dans nos vêtements nous reconnaissons notre honte d'avoir été nu alors qu'en nous dévêtant nous pouvons crânement afficher notre nudité aux yeux de celui qui ose la regarder). Tu me rejoins et nous discutons ensemble, avec lui, de notre souhait pour la maternité. Etant donné que nous avons choisi une maternité qui n'est pas située sur le territoire de notre commune - l'hôpital franco-britannique de Levallois, il te conseille de mentir sur la date de tes dernières règles - de quelques jours - pour être assurée d'obtenir une place. Il te conseille également, puisque tu lui as confirmé que tu souhaitais qu'il continue à te suivre, de ne pas chercher un obstétricien pour les trois derniers mois de grossesse et de simplement prendre directement contact avec la sage-femme qui accouchera notre enfant.
Ce qui nous étonne le plus c'est le résultat de cette première visite gynécologique : une prescription médicale, une ordonnance pour les examens de sang et d'urine mais pas de déclaration de grossesse.

"Je suis enceinte."
- "Tu as ta déclaration de grossesse ?"
- "Non."
- "Ben, t'es pas enceinte alors !"
- "Le docteur m'a dit que si."
- "Ben non, si t'as pas de déclaration ; t'es pas enceinte !"

Moralité : la déclaration de grossesse c'est comme les antibiotiques, c'est pas automatique. Le premier mois en tout cas.

Finalement au-delà de la satisfaction d'avoir choisi notre médecin-référent, de nous être arrêtés sur le choix de la maternité, d'avoir l'ordonnance pour les premiers médicaments et les premiers examens ; nous sortons de chez le docteur H..... un peu déboussolés. Bien qu'il ait confirmé tous les symptômes, c'est seulement la prise de sang qui pourra attester notre parentalité en devenir. Un contre-temps dans le déroulement des différentes étapes tel que nous l'avions prévu.
Mais nous reprenons bien vite nos esprits. Ce que nous retenons, c'est que ça y est !, le grand jeu a commencé. Il va falloir compléter ton régime alimentaire, prendre rendez-vous pour l'inscription à l'hôpital, programmer ta première prise de sang, notre première échographie, revenir devant le docteur H..... et, oui !, déclarer officiellement notre grossesse (elle est jusqu'ici secrète non seulement pour la sécurité sociale mais pour le monde entier).

Tout a décidément un goût de première fois ces derniers jours, même pour moi qui ai déjà deux enfants - chair de ma chair même s'ils sont également enfants de l'amour que tu leur donnes. Nous dormons mal, agités par les démarches qui nous attendent demain et le jour suivant. Je suis personnellement exténué par cette excitation qui persiste. Exténué mais heureux. Heureux de ne pas être au bout de mes jours de fatigue et de nuits sans sommeil. Heureux de te voir t'endormir de plus en plus tôt le soir, ton corps nu blotti contre le mien, le fruit de notre amour blotti au tréfonds de ton corps. Dors puisque le sommeil est d'or, rassure-toi mon insomnie l'est aussi.

Masimiyen Atshé

vendredi 26 janvier 2007

Le premier jour

Samedi 20 janvier, les idées et les images ont tourné toute la nuit dans nos deux têtes.
Au réveil, nous nous sommes regardés. Au fond des yeux de l'autre, nous avons eu la confirmation réciproque que tout était bien réel. Le rêve, que j'avais fait la semaine dernière, où tu étais enceinte de quatre mois avec un magnifique ventre en pleine lune est donc bien devenu réalité. Pour une fois, c'est moi qui ai exercé des talents de divination. Ton don de hounsi kanzo est sérieusement mis à mal : toi qui ressens les mystères et voit les morts, tu n'as pas vu venir ce grand chambardement qui est survenu dans ton propre corps !
Quelle journée que cette première journée de grossesse ! Ton inquiétude quant à cet évènement que tu n'as pas décidé commence à s'atténuer. Nous en sommes déjà à réfléchir au prénom, à lister les maternités des environs et nous interroger sur le mode de garde. L'euphorie commence à nous gagner, elle nous entraine jusqu'au premier centre commercial. Objectif : achat d'un livre sur la grossesse. Nous perdons un peu de temps à feuilleter - c'est le même rayon - quelques bouquins orientés sexualité et Kamasutra, mais bon, rien de vraiment neuf et aujourd'hui, décidément, notre esprit est ailleurs. Difficile de choisir entre les quatre, cinq gros livres consacrés au sujet et aux titres quasi similaires : "J'attends un enfant", "Attendre le bus" (?!), "Je suis enceinte", "Neuf mois de grossesse", etc.. Nous nous portons finalement sur une solution intermédiaire - ni trop purement médical, ni trop "magazine féminin", un bon bouquin qui nous explique les fondamentaux ("ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain") et nous rappelle d'exercer notre liberté personnelle de couple ayant son histoire particulière. En passant dans les rayons, tu as également décidé de t'acheter un journal intime pour écrire ton vécu de grossesse. Je t'ai copiée en optant pour un carnet de voyage sur lequel je t'ai dit vouloir noter chaque étape du périple de ces huit prochains mois. Je ne savais pas que finalement j'allais créer le présent blog. Tout s'élabore au fur et à mesure ces jours-ci : c'est en cheminant que nous traçons notre propre chemin.

C'est drôle une prise de conscience. Tu étais déjà enceinte depuis quatre semaines mais rien ne paraissait t'avoir modifiée ; depuis que tu sais être enceinte, en vingt-quatre heures, tu n'es plus la même. Tes gestes se sont déjà modifiés. Tu as gagné en solennité. Pour ma part, en te regardant, je te trouve comme presque déjà mère. Tu l'es presque, pour moi tu l'es déjà. Même plus. A mes yeux, tu es devenu comme une sorte de coffre-fort, une véritable malle au trésor. Notre déambulation dans les allées du centre commercial ressemblait à l'inauguration d'un monument officiel par un chef d'État sous escorte de sa garde personnelle : je jouais au garde-corps, surveillant tout comportement potentiellement hostile parmi la foule qui t'entourait, écartant tout intrus susceptible d'enfreindre le périmètre de sécurité totalement subjectif que j'ai décrété. Je ne marchais pas avec toi ; je m'agitais tout autour !

Après deux heures de valse-hésitation dans les bouquins, les journaux intimes, les carnets de voyages pour explorateur sédentaire et les stylos (que tu manges en cachette ou que tu revends - je ne vois que ça - sinon ta surconsommation est inexplicable), nous sommes rentrés. Et nous avons continué à parler, à parler, à parler... c'est fou comme nous pouvons nous saouler de mots depuis hier soir ! Et puis nous avons mangé. Et puis tu m'as choisi comme dessert au beau milieu de la cuisine. Ce fut notre première relation sexuelle depuis la découverte de notre grossesse. Je n'oublierai jamais cet instant. Un instant de plénitude. S'adonner à l'amour tout en sachant que la vie germe déjà en toi. C'est comme savourer un supplément gratuit.

Masimiyen Atshé

jeudi 25 janvier 2007

La Révélation (le test de grossesse)

Vendredi 19 janvier, quelques temps que tu entretiens des doutes.
Tes seins sont lourds, bien plus sensibles qu'à l'habitude, tu ressens par moments des douleurs au ventre et, bien évidemment, ton cycle est déjà en retard de plusieurs jours. Mais quoi ? Chacun de ces symptômes pris séparément n'a rien d'exceptionnel. Après un mois sans pilule - et une année de grande tergiversation contraceptive, quoi de plus normal que tes règlent tardent et que, plus elles tardent, plus elles te causent de vives douleurs au ventre ? Telles sont les phrases que tu te ressasses depuis quelques jours afin de te rassurer.
Mais, aujourd'hui - et je ne l'avais pas réalisé lorsque tu m'as demandé par téléphone si je pouvais t'acheter un test de grossesse et que je t'ai répondu non, le doute est trop fort et l'inquiétude monte. Suffisamment pour que tu ailles l'acheter toi-même à la première pharmacie venue sans rien m'en dire.
Ignorant. Tel était donc mon état lorsque j'ai entendu ta voix m'appeler depuis le salon. Je t'avoue que j'ai même pesté contre toi en mon for intérieur (Po ! Madanm la pé pa débondaté si i bouzwen pale ban mwen ?) tout en trainant des pieds pour m'arracher à l'émission stupide qui accaparait mon attention et te rejoindre près de notre vaisselier rouge.
Le fait que tu me tournais le dos m'a tout d'abord inquiété. Quand tu m'attends le dos tourné, je crains toujours que tu m'annonces le pire ! Une maladie, un adultère, que le désamour te fasse me quitter... ce type de peurs primaires incontrôlables et irrationnelles qui, finalement, sont autant de preuves que l'amour, l'attachement et le désir sont toujours là, forts et diablement vivants. Et puis le demi sourire que tu as esquissé en te retournant m'a rassuré. J'ai d'abord cru à un poème ou une sorte de lettre d'amour pour me prouver que, toi aussi, tu pouvais m'écrire tes sentiments pour moi. Et puis j'ai lu ce qui ne formait que deux simples lignes précédées de la date du jour (le 19 janvier pour ceux qui se seraient égarés en route ! Si vous vous reconnaissez : abandonnez la lecture de ce blog dès maintenant. Vous ne tiendrez jamais la distance d'une grossesse !) :

"Je ne sais pas comment te l'annoncer. Je ne pensais pas que cela arriverait si vite !"

J'ai relu tes mots plusieurs fois. J'ai relevé la tête, je t'ai à nouveau relue et j'ai esquissé un sourire à mon tour, partagé entre l'incompréhension et la satisfaction. Et puis tu m'as tendu ton test de grossesse qui indiquait deux barres verticales parallèles qui n'avaient absolument aucune signification pour moi ("Oui ! Et alors ?") mais j'ai quand même compris (d'accord, je suis long à la détente mais avouez que les deux phrases manuscrites demeuraient énigmatiques sans la connaissance du test). Je t'ai demandé si tu étais sûre et nous avons relu la notice explicative du test de grossesse. Pour résumer (et pour ceux qui n'ont pas une pratique professionnelle des tests de grossesse) : si le test annonce "positif", il est toujours fiable à 100% et vous êtes enceinte ; si le test annonce un résultat "négatif", il existe une marge d'erreur et vous pouvez tout de même être enceinte ! Rassurant pour celles et ceux qui espèrent une grossesse comme le chômeur du travail, angoissant pour celles et ceux qui la redoutent comme le canard fuit l'orange .
Nous étions donc sûrs : nous sommes enceintes. Enceintes modestement de quatre semaines mais enceintes !
Les cinq premières minutes de cette prise de conscience en commun ont été très étranges. Je crois que tu t'es retenue de me dire que tu pensais avorter et moi, de mon côté, j'ai réfréné ma joie pour qu'elle ne te culpabilise pas trop si jamais tu décidais de ne pas garder l'enfant. Cette retenue de chacun d'entre nous ne s'est pas exprimée verbalement mais elle était là, presque palpable. Et nous avons parlé, assis côte-à-côte sur le canapé du salon, de cette nouvelle situation, de notre étonnement réciproque à obtenir si rapidement, sans presque l'avoir fait exprès ce que d'autres n'obtenaient qu'avec difficulté et parfois assistance médicale (Bon ! je dois tout de même avouer que, te sachant sans pilule, j'ai toujours consciencieusement veillé, ces dernières semaines, à jouir au plus profond de ton corps dans les positions les plus propices et au moment où le plaisir t'avait suffisamment rendue offerte à l'ensemencement... vieilles techniques et tactiques presque instinctives !). Et le simple fait d'en parler a fait que ta grossesse est apparue comme une évidence, comme un état normal dans le long processus qui allait nous donner un enfant. "Un garçon" as-tu pressenti, "une fille" t'ai-je annoncé. Au commencement était le verbe... je crois que, oui, c'est de notre verbe qu'est réellement né cet enfant. C'est au moment où nous avons, ensemble, parlé de lui qu'il a paru au milieu de nous deux. Si l'amour lui a donné la vie, c'est notre tendre discussion de ce 19 janvier 2007 qui lui a conféré son existence.

Masimiyen Atshé